18 septembre 2016 ~ 0 Commentaire

Le syndrome Starbucks

Depuis plusieurs années déjà, le développement (ou l’évolution ? Voire le nivellement par le bas) nous inflige le Mac Drive. Tellement pratique : dans sa bagnole, il suffit de commander ses frites et sa boisson, payer et récupérer le paquet de mal-bouffe à la sortie. Rien d’étonnant : le principe c’est le « fast » food. Ça doit dépoter. Pour avaler de la merde comme pour l’acheter. Quoi de plus normal que pousser le concept au plus profond de son absurdité : on ne passe plus à table. On ne prend plus le temps. On n’éteint même plus le moteur. Et on bouffe en conduisant, tout en se plaignant de cette putain de sauce frite qui dégueule sur le siège ou de cette glace qui fond trop vite (« mais merde ! mets la clim à fond »).

Il y avait donc le drive.

Le Starbucks nous fait passer un cap. Le cap de l’effacement des cultures. Le cap de la surconsommation. Le cap de l’uniformisation. Je vois les yeux écarquillés devant ces mots. Starbucks est pour beaucoup le symbole de la diversité. Diversité de quoi ? Du choix de café, de l’arrangement des sauces ou du type de lait à ajouter dans son café latte : lait de soja ou de vache? Vous voulez un biscuit aussi ? Oui mais sans gluten, sans oeuf, sans gras. Ou bien un Capuccino sans caféine ? Sans rien … payer pour du vide, c’est bien cela ?..

Le choix multiple chez Starbucks ? Ce n’est qu’une apparence, un style qu’on colle à sa peau. Au fond, à bien y regarder, à part le café (réellement percolé pour le coup), tous les ingrédients sortent de petits flacons plastique qu’on agite, qu’on presse, qu’on mélange. Et hop…

C’est quoi ton prénom ? Et oui !!!! Le prénom sur ton gobelet. Histoire de bien te montrer que c’est personnalisé. Que tu es différent. Le concept tellement chouette : on t’identifie pour te donner l’impression d’exister. Et tu payes pour ça. Pour ton nom sur un foutu gobelet jetable. Oui forcément jetable. La reconnaissance de Starbucks à ton égard durera le temps d’avaler ton mocaccino médio blindé d’aspartame. Et finira à la poubelle.

Le syndrome Starbucks, c’est la mondialisation. L’uniformisation. Peu importe le pays où l’on se trouvera, Starbucks (comme Mc do d’ailleurs) sera là pour nous réconforter, pour nous chouchouter. Vous avez peur des autres cultures ? Vous ne savez pas quoi demander au bar de cette petite ville à l’autre bout du monde ? Vous ne savez pas dire bonjour dans la langue du pays ? Starbucks sera là pour vous. Avec toujours les mêmes choix. Son menu identique, où que vous soyez. Les mêmes pâtisseries pleines d’air et d’huile de palme, que vous trouverez à Paris comme à Riyad (à l’exception faite que dans le Starbucks de Riyad, on ségrègue les femmes…). De quoi vous rassurer. Et vous orienter vers la facilité : allons vers ce que l’on connaît.
Nous pourrions être déçus, déstabilisés par l’inconnu. Inquiets devant des habitudes éloignées des nôtres.

Le syndrome Starbucks c’est aussi le look. Parce que voilà où nous en sommes : à chercher le moyen de se donner une identité dans une société uniforme. Et cette identité devient une marque !
On s’affiche Starbucks. Gobelet à la main. Petit couvercle jetable qui s’ajoutera aux kilos de déchets que nous produisons chaque année. Du plastique.
Et oui, ce fameux style. Je prends mon café américain à emporter, c’est que je suis pressé. J’ai de l’ambition, je ne traîne pas. Je suis américain ou je veux le devenir. Je suis Starbucks. La petite paille qui va bien, le portable dans une main à faire défiler mes e-mails et l’autre avec mon gobelet. Oui je montre qui je suis. En plus mon prénom est écrit sur mon gobelet.

Je montre que je n’ai plus le temps de m’arrêter boire un café au comptoir. Je montre que j’en ai rien à foutre à rajouter des merdes aux merdes dans les poubelles. Je montre que j’aime le goût aseptisé des choses. Et je me justifie en choisissant le café équitable que Starbucks met en avant, histoire de se donner bonne conscience.
Starbucks et moi, on est pareil.

On est (à) la masse.

Laisser un commentaire

Vous devez être Identifiez-vous poster un commentaire.

buzzynews |
Education à l'orientat... |
Apokalupsis |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Ruptureproletaire
| " TchekChezToi ! "
| Dfouloirdunvivant